Jour 3: Le barrage Otto Holden

Après le souper hier soir, nous avons passé tous un petit bout de soirée à partager et à écouter des mélodies du ukulélé d’un de nos marcheurs. La nuit sera bonne; nous sommes tous fatigués et nous nous souhaitons bonne nuit. Plusieurs couchent dans le chalet, mais quelques-uns  ont choisi la nuit sous la tente. D’ailleurs j’aimerais remercier les propriétaires du Jocko Hunt Club pour leur générosité à notre égard.

Nous nous endormons tous au son de l’orage qui s’abat sur le toit. Nous sommes au sec et au chaud…avec de petits mulots! D’ailleurs, Diane a de la visite dans son sac de couchage. Nous avons bien rit! Il pleut très fort toute la nuit.

Au matin, après les préparatifs et le déjeuner, nous formons le cercle du partage. Ce cercle, qui a été mis en place durant la marche Obedjiwan-Wemotaci. Un grand besoin de rassembler les marcheurs, d’instaurer un sentiment fraternel dans l’épreuve de la marche, a fait que nous avons décidé de se rassembler autour des aînés présents. William Awashish était celui qui était présent.

Nous rejoignons nos embarcations et commençons à ramer nos 38 km. de la journée. La pluie est de la partie…. de plus en plus! Il pleut tellement que nous sommes tous très vite trempés. Après 32 km, nous arrivons au barrage Otto Holden; nous sommes transis et plusieurs d’entre nous montrent des signes d’hypothermie… grelottements et lèvres bleues. Ian Denick, le garde de sécurité de la centrale nous a invités à rentrer nous réchauffer à l’intérieur. Après avoir validé notre présence à l’intérieur auprès de son supérieur, Gilles Barrière, d’Ontario Power Generation, on nous offre des breuvages chauds. Un grand merci à Ian Denick ainsi qu’à son superviseur Gilles pour leur grande générosité.

Nous reprenons la route une heure après, résignés à ramer encore une heure et plus vers le centre communautaire de Mattawa. Tout le monde rame…rame sans broncher, bien décidé à se rendre à destination. Il est à noter que nos muscles des bras, des épaules, du cou et du dos nous crient leur existence!

Une surprise m’attend à destination : Roger Cantin et Brigitte Fournier de Sept-Iles qui viennent s’ajouter à nos marcheurs. Merveilleux!! Aujourd’hui 40 km sous des conditions pitoyables!  Heureusement, Jean-Charles a réussi à contacter le maire chez lui et à faire ouvrir les portes de l’aréna pour que nous puissions y passer la nuit… Douches et chaleur pour la nuit! MERCI! C’est tellement apprécié! Merci au maire et aux gens de Mattawa!

Après un bon souper concocté par Marc-André, nous disons au revoir à Brigitte, Adèle et Stéphanie, nos Ottawa River Keepers, qui doivent nous quitter. Merci d’avoir été parmi nous! Quel plaisir de vous avoir rencontrées! Demain, nous couvrons les 35 km. qui nous séparent de Deux-Rivières.

Nous dormirons au sec et très tôt!

Ma pensée va aujourd’hui à mes frères Attikamekws, William, Cécile…. tous les marcheurs. Je pense à vous tous!

Jour 2: Les rabaskas!

Avant de vous raconter notre journée, je dois vous dire qu’il y a une dizaine de jours,  j’ai dû subir une opération pour un appendicite; ce qui rajoute à mon défi. Ceci dit, je remercie le Dr. Kim Vo qui, grâce à son expertise, son talent et sa gentillesse, m’a remis sur pied. Pour cette raison, je ne suis pas au meilleur de ma forme pour entreprendre mon périple, mais j’y tiens de tout mon être!

Hier soir, après avoir préparé notre matériel pour ce matin et avant de rejoindre nos quartiers  de nuit, nous avons pris le temps de faire connaissance et de recevoir les consignes du lendemain. Tout ce qui restait à faire ce matin était de déjeuner et de prendre la route vers le Algonquin Canoe Club sur les rives de la Rivière des Outaouais. Nous sommes environ à une vingtaine de minutes de là. Les odeurs d’acide sulphurique de la papeterie Tembec, me ramène en 2007 quand je courais sur les bords du volcan Roturua, en Nouvelle-Zélande.  Cet épisode de ma vie est la genèse du projet Innu Meshkenu.

Nous mettons les rabaskas à l’eau, malgré la pluie battante qui sera des nôtres une bonne partie de la journée. Nous sommes tous excités par cette aventure. Nous prenons place dans nos rabaskas; 7 et 8 rameurs par bateau. Marc-André Galbrant, notre logisticien, nous suit en chaloupe avec le matériel.  L’équipe de Radio-Canada a sa propre embarcation avec leur guide, Jonathan Bond. Nos barreurs sont Martin Caya de la compagnie Expéditions Rabaska Sorel qui nous a loué les embarcations et Jean-Charles Fortin, notre coordinateur.

Il pleut si intensément que nous devons vider nos canots qui se remplissent à vu d’œil! IL fait froid et un vent de 20-25 km/h souffle contre nous. Malgré tout, tous sont de très bonne humeur et profites du paysage. Nous avançons tout de même au rythme de 6-7 kilomètres/heure. Il va sans dire que les efforts sollicités pour cette descente en rabaska sont bien différents que pour la marche; comme si on échangeait les ampoules des pieds pour des ampoules aux mains!

 Vers 14h30, nous arrivons à Jock River Falls, où nous passerons la nuit. Nous avons fait les 30 km. prévus pour aujourd’hui. Il ne pleut plus; nous en profitons pour se sécher et pour manger une bonne soupe chaude. Pour souper, nous aurons un ragout de viande et de légumes fait par Marc-André et Diane.

Nous en profitons pour faire notre cercle de partage. Nous passerons la nuit dans un campement et 4 tentes sont aussi montées pour accommoder tout le monde.

Je me porte bien et je suis content de mon état malgré tout. Descendre cette rivière riche de culture et d’histoire me ramène à mon enfance, avec mes grands-parents à Pessamit.

Je dédie ma journée au peuple Mohawk vers qui on se dirige et que nous avons hâte de rencontrer.

Jour 1: Nouveau départ!

Voilà… Un nouveau départ! De Montréal…escale à Toronto; j’arrive à North Bay à minuit…..et il me manque mon bagage principal et mon bâton de marche! La ronde des documents à remplir pour récupérer mes trucs, la difficulté à trouver un taxi font que j’arrive à l’hôtel à 1h00 du matin. La nuit sera donc courte car je dois me lever à 6h!

Au petit matin, Jonathan Bond de Wolf Lake, vient me chercher avec une voiture comme je n’en avais pas vu depuis des années! Elle date de 1987! Nous arrivons à Témiscaming; la brume qui plane sur la rivière Outaouais avec en arrière-plan l’usine de papier, donne au paysage une allure irréelle quasi fantomatique!

Au bureau de Wolf Lake, je rencontre le Chef St-Denis de la bande de Wolf Lake avec qui j’ai une conversation intéressante sur l’histoire et les revendications territoriales en cours. Wolf Lake est une communauté sans réserve, avec un statut sans terre. Le Chef St-Denis parle comme un sage. Nous rejoignons ensuite les canoeurs à Eagle Village. Là, c’est avec plaisir que je retrouve Gaétane Petiquay, Diane Moreau, Rachelle Langevin et Antony Bras-Coupé qui m’ont accompagné l’an passé. Je rencontre aussi les nouveaux : Maureen, Chantale, Roger qui se joignent à nous.

Nous amorçons la marche d’aujourd’hui… en tout, une vingtaine de marcheurs. Je suis accompagné de Mitchel, coordinateur de santé physique à Eagle Village. Nous accompagne aussi une équipe de tournage de Radio-Canada qui sont à filmer un reportage sur moi qui s’intitulera « De Compostelle à Kuujjuaq : sur le chemin de mes rêves » et est réalisé par Simon C. Vaillancourt; sera diffusé en 2 parties à l’automne prochain.

Nous marchons les 15 km. qui nous séparent de Eagle Village à Témiscaming; là, je rencontre les jeunes des écoles primaires (5 et 6ieme année) et les jeunes du secondaire. Ils sont réceptifs et fort agréables. J’aime beaucoup ces rencontres. Une seule chose : j’ai dû faire cette rencontre sans mon bâton qui se trouve à l’aéroport.

Nous allons ensuite sur le bord de la rivière où les rabaskas seront mis à l’eau demain. Nous avons 4 grands rabaskas et il nous reste 3 places à bord :

AVIS AUX INTÉRESSÉS : 3 PLACES POUR 3 JEUNES AUTOCHTONES AYANT LE GOÛT DE L’AVENTURE! JOIGNEZ-VOUS À NOUS!

Je donne une entrevue pour TVA, une autre à Radio-Canada Abitibi-Témiscamingue et une dernière par téléphone à Radio-Canada de Toronto.

Nous sommes ensuite invités pour souper par les gens d’Eagle Village où l’un des conseillers nous souhaite la bienvenue. On m’invite aussi à parler de mon projet.

Nous passerons tous la nuit à la pourvoirie La Lucarne, une pourvoirie appartenant à la communauté de Wolf Lake. Nous en profiterons pour faire plus ample connaissance avec les nouveaux marcheurs. L’importance de tisser des liens est primordiale pour la descente de la rivière Outaouais en rabaska. Nous devons former des équipes serrées car nous ramons tous les uns pour les autres.  En tout, 4 rabaskas et 2 chaloupes, l’une pour l’équipe de tournage de Radio-Canada et l’autre pour Jean-Charles et le matériel, descendront la rivière demain. Une manière fabuleuse de voir le paysage d’une autre façon. Nous descendrons la rivière ponctuée d’une grande histoire comme l’ont fait nos ancêtres!

Je dédie ma journée au peuple Anishnabeg ainsi qu’à Marlene qui subira une opération bientôt.

“Nutsheniu aimun”… La langue des frères!

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Nous sommes arrivés à Oujé-Bougoumou ce jeudi soir, village très particulier par son urbanisme très autochtone; ici, les rues sont orientées de façon à ce qu’elles convergent toutes vers les infrastructures communautaires situées au centre de la communauté. Les édifices y sont magnifiquement uniformes et resplendissent par leur architecture exclusive et unique.

Nous nous installons au Capissisit Lodge, un magnifique endroit. Nous y rencontrons le chef Reggie Neeposh, qui nous assure de la collaboration de sa communauté quand nous reviendrons en 2016. Plus tard, nous discutons avec la directrice des services communautaires, Sarah Imrie et son conjoint Rob au sujet des rencontres du lendemain et de la manière dont on pourrait améliorer ces rencontres lors de notre prochaine visite.

IMG_6242 (1)Le vendredi matin, après notre déjeuner, nous nous rendons dans les écoles primaires et secondaires pour nos visites maintenant habituelles avec les jeunes de la communauté, MA transfusion d’énergie. Malheureusement, plusieurs sont absents dû à la semaine culturelle et à des tournois d’hockey. Ceux-ci qui sont présents ne manquent toutefois pas d’intérêt, sont très attentifs et réceptifs à mon message de persévérance. Au terme de notre visite, Jean-Charles et moi rentrons à l’hôtel pour travailler un peu sur nos dossiers.IMG_6258

Le dîner a lieu à la Maison des ainés; nous y sommes accueillis par John David Miamscum, un homme de 84 ans qui nous salue en Innu… et il me mentionne qu’il connait l’Innu car c’est le langage qu’il parlait jadis dans la forêt! NUTSHENIU AIMUN!!! La langue de la forêt!! Je partage mon histoire et mon discours avec les ainés présents… en innu! Je parle plus lentement et on me comprend!

Nous sommes ensuite attendus au musée. FASCINATION ULTIME!!  La beauté de l’endroit, la quantité et la qualité des artéfacts est incroyable! À VISITER!! Pour un innu comme moi, ce musée revêt un intérêt distinctif…voir émouvant, car on décèle dans les artéfacts de territoires….. Des cultures contigües, des cultures presque jumelles!! On rencontre Kevin Brosseau, un linguiste autochtone de Waswanipi, qui m’explique qu’il y a beaucoup de similitude entre la langue cri et l’innu… que les ainés cris se disent ‘eenou’; certains phonèmes sont retrouvés d’une langue à l’autre….. On retrouve également des similitudes dans l’art; des  motifs d’une ressemblance frappante à ceux retrouvés chez les cris, les innus et même, les naskapis! À l’origine, nous fréquentions tous les mêmes territoires; ce qui nous différencie maintenant s’est établit avec la venue des postes de traites et la sédentarisation de nos peuples… À l’origine, nous sommes donc TOUS FRÈRES! Voilà qui devrait nous unir! Se concentrer sur nos racines originaires communes, voir identitaires…pour se rassembler…et non se diviser! …. et je repense à la prière des ainés cris de la Saskatchewan durant laquelle on remercie Itche Manitou en disant « Tshinishkumetin »  qui veut dire MERCI en innu!!! On l’utilise d’un océan à l’autre! Nous sommes originairement FRÈRES! Un langage commun… une culture commune … Un bagage identitaire collectif IMMENSE! …IMG_6338

Avant notre départ, nous sommes conviés à un grand festin; du caribou, du castor, de l’outarde, de la banik …et une panoplie de dessert font foi d’un partage sans équivoque. Je m’entretiens avec les ainés; je leur dis comment ma grand-mère appellait en innu…. ils traduisent en riant : « Ahhhh! Tête de cochon! »…. et ma mère lorsque j’étais petit: « Ohhhh … le mignon »….. et le nom qu’on donnait à ma mère….. ils répondent : « Ahhhhh…. la belle femme!! » …..Un partage unique!! J’ai ADORÉ CETTE RENCONTRE!!! Quel élément crucial sont les ainés pour nos communautés! Les ainés sont porteurs de notre passé….. Transmetteurs de notre langue et notre culture…..de notre IDENTITÉ!! Il serait si important que nos jeunes soient imprégnés de ces précieuses connaissances, leur offrir ces richesses qui nous rassemblent tous et ainsi, les rendre fiers de leurs racines!

Nous devons reprendre la route vers Chicoutimi en début de soirée….. Je serais resté plus longtemps. Quelle conversation enrichissante!!! Toutefois, je sais que je reviendrai très bientôt!

TSHINUSHKUMETNEU MES FRÈRES CRIS!!!! MEEGWETCH!!!

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Photos par Annabelle Fouquet

Avalanche de câlins waswanipiens!

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…. Avec la nuit sous la tente et le frisson qui m’a assailli toute la journée, j’étais aux anges de voir qu’il y avait une baignoire dans notre appartement pour la nuit. Nous passions la nuit dans une résidence pour le personnel médical en transit à Waswanipi; ce sont des logements attitrés aux gens qui viennent pour travailler pour la communauté durant un court laps de temps. Alors….. J’ai pris un long bain… pour relaxer mes muscles endoloris et ma hanche qui me fait souffrir. J’ai pu ensuite faire une série d’étirements pour m’aider à bien dormir… J’EN AI TANT BESOIN!! Toutefois…. Il y a un bruit tonitruant qui pourrait bien saboter ma nuit de sommeil : Jean-Charles dort depuis 21 heures et il RONFLE! ….. Mais je suis si fatigué que je ne tarde pas à en faire autant!

Au matin, nous nous préparons et nous rendons au Centre des ainés pour déjeuner avec Alan Cooper, John Dixon, des marcheurs rencontrés hier et plusieurs ainés avant de nous rendre à l’école primaire de Waswanipi. Là, nous rencontrons les petits jusqu’aux grands de sixième année. Accompagnés du directeur, Michel Brancheau, nous visitons les petits de la maternelle et pré-maternelle qui sont pleins d’amour et IMG_6039d’affection. Ils sont très faciles à faire réagir; je n’ai qu’à leur crier : « Comment allez-vous?? », et ils me crient : «  GOOOOOD!!! »… Je leur parle des rêves … du bâton des 2000 rêves… On parle de leurs rêves….. La présentation se déroule formidablement bien…tant que j’ai droit à une avalanche de câlins et de colleux!! Je visite ensuite les autres cycles en trois groupes. C’est une magnifique école! Propre, chaleureuse… bien équipée! J’aime particulièrement la belle agora où l’on peut rencontrer tous dans un confort inégalé.

On se rend ensuite à la clinique médicale, un autre bel endroit! On y rencontre le directeur, Alan Moar. On rencontre le personnel médical et non-médical. Je rencontre aussi un jeune étudiant de médecine de troisième année de Mc Gill qui fait un stage de 1 mois ici. Une expérience qui démystifie le travail en région et donne le goût de venir pratiquer en région et en communauté. Avec les étudiants en stage, il y a un toujours des médecins à la clinique, on ne voit pas de problème de manque de médecins. Un bon moyen de démontrer que la pratique en région n’est pas toujours négatif. Il y a aussi un dentiste… La clinique a pour projet de travailler à la prévention du diabète…. Une belle clinique, bien équipée et dynamique!IMG_6142

On retourne au Centre des ainés pour un dîner d’orignal et de doré avant notre visite de l’école secondaire. Ici, 160 jeunes en 4 groupes nous attendent. Je leur raconte l’histoire de ma vie et des rêves, mais je leur dis surtout d’éviter la drogue et l’alcool qui peut transformer les rêves en cauchemars…. Je leur parle des gens que l’on connait qui ont été fortement affectés par ces fléaux pour éviter les problèmes… de ma mère qui en est décédée… qu’il faut faire courageusement face à l’adversité; qu’il ne faut pas oublier que le soleil se lève même après la plus noire et la plus longue des nuits…Et nous partons marcher dans la communauté tous ensemble en suivant le camion de pompier!IMG_6218

J’ai dit aux jeunes que dans 2 ans, je reviendrais les voir lors de la marche Innu Meshkenu d’hiver 2016 pour laquelle nous avons rencontré les communautés et la grande nation crie pour nous assurer de leur support pour l’organisation. Rien ne vaut une visite en personne pour établir des bases solides.

Et nous quittons en direction d’Oujé-Bougoumou….. pour la dernière étape de notre périple de l’hiver 2014.  IMG_5991

Photos par Annabelle Fouquet