Jour 29 :… STANLEY… ET STANLEY!

Marty McSorley, Stanley Vollant, LA COUPE STANLEY, John LeClair

Marty McSorley, Stanley Vollant, LA COUPE STANLEY, John LeClair

… On dirait bien que mon corps s’était habitué à l’inconfort et à la misère! En ce moment, je dors très mal dans le confort… je suis constamment réveillé pour allumer le poêle à bois… et il me faut quelques minutes avant de réaliser que, peut importe mes efforts, je ne trouverai pas de bois d’allumage dans ma belle chambre, chez Véronique et Yannick!!!

Aussi une fois réveillé, je pense à notre périple… Je ressasse les paroles que je disais aux marcheurs pour obtenir la cohésion de groupe si nécessaire au succès du projet : « … C’est comme dans la Ligue nationale; pensez-vous que, sans persévérance, sans détermination ou esprit d’équipe, les Canadiens de Montréal ou toute autre équipe sont capables de remporter la coupe Stanley? BEN NON!! Si un joueur ne se présente pas, ne passe pas la rondelle…. OUBLIEZ ÇA!! C’est en ÉQUIPE que ça se passe!! EN FAMILLE!! La victoire d’une coupe Stanley, c’est un partage de succès en équipe! Tout comme l’est la victoire d’une marche de 460 kilomètres!! Lorsque l’on passera le fil d’arrivée, C’EST ENSEMBLE que l’on va savourer la victoire!! Comme la coupe Stanley!!…DONC, SOULEVEZ-MOI COMME LA COUPE STANLEY!! » Enfin! Ce parallèle a très certainement eu l’effet escompté!

En déjeunant le matin, je discute avec Véronique et YOAN des possibilités quant au vol que je devrais prendre. Air Inuit me ferait partir à 14 h et je devrais arrêter dans tous les villages du Nord québécois avant d’atterrir à Montréal à 20 h. L’autre option serait First Air; un départ à 17 h pour arriver à 19 h à Montréal. Il me resterait encore du temps pour les visites, pour mieux organiser mon bagage aussi. Avec tous les cadeaux que j’ai reçus, mon bagage exige de moi beaucoup de planification! Yoan essaie de voir les possibilités d’un vol sur First Air car il y a quelque chose à Kuujjuaq cet après-midi et l’on aimerait bien que j’y prenne part.

Véronique me dit de me préparer, car à 10 h on part pour l’aréna. Tout le monde y sera pour la présentation de la COUPE STANLEY (oui OUI!! La coupe Stanley!!!) et la rencontre des joueurs John LeClair et Marty McSorley qui sont présents pour l’occasion! La population entière est dans l’aréna… Louisa Yeates m’avait dit que c’était une semaine Stanley : Stanley Mercredi, coupe Stanley vendredi!! NON, MAIS QUELLE COÏNCIDENCE!!! Je n’en reviens tout simplement pas!!! Je vois toute l’ampleur de l’intérêt dans le Grand Nord pour notre sport national!! Et j’ai une pensée pour Joey Juneau, qui a mis un programme sur pied pour promouvoir le sport et les études chez les jeunes des Premières Nations. L’aréna est rempli de monde! On distribue des poches de hockey aux jeunes Inuits par le projet de Joey Juneau… On m’annonce que j’ai finalement une place sur First Air à 17 h; je dois retourner faire mes bagages… car j’en ai BEAUCOUP!! Je quitte l’aréna, déçu de ne pas avoir embrassé la coupe… ou la voir de près, tout au moins!

Une fois les bagages prêts, nous allons pour l’aéroport. J’enregistre mes bagages et me dirige vers la boutique;  je dois aussi aller acheter des cadeaux du Nord pour Xavier, mes filles et ma douce, Geneviève. Nous retournons chez Véronique pour le reste de l’après-midi. Nous prenons des arrangements pour le retour de mon traîneau et mon équipement de marche.

Nous nous arrêtons à l’aréna et là, je peux enfin me faire photographier avec la coupe et les joueurs. Marty McSorley me dit : « Félicitations, Dr. Vollant! J’admire votre courage et votre détermination!! » Il me serre la main! Je suis IMPRESSIONNÉ, FLATTÉ DE CETTE RECONNAISSANCE!

L’heure du départ arrive; on se rend à l’aéroport. Louisa Yeates est venue accompagnée de Lalik, Job et Beau. On me fait des signes d’au revoir derrière le mur vitré…. Que de beaux moments intensément vécus avec ces gens-là! Que de beaux souvenirs j’en conserverai!

En cours de vol, je regarde en bas…… et je vois la route parcourue…. ce Grand Blanc parsemé de lacs et de rivières de glace!…. Le lac Le Moyne…. le Nachikapau……le réservoir Caniapiscau… le réservoir Manouane…. Nous survolons le territoire entre les Cris et les Innus… celui de mes ancêtres…. INCROYABLE!!! Je vois le lac St-Jean où je travaille souvent… Opitciwan… Un survol des anciens trajets franchis… à vol d’avion!

J’arrive à 19 h 30 à Montréal… Et je suis attendu!! Un petit garçon… Il court vers moi… 11069475_10152825266687428_9120333892751696440_ome couvre de bisous et de câlins!! Ma blonde aussi…. toutefois, un peu plus timide… Simon Vaillancourt est présent, caméra et microphone en main, pour filmer l’arrivée… documentaire oblige!! Un GRAND BONHEUR!! …. Je suis content d’être à la maison, parmi les miens…. une pancarte de bienvenue de mon fils confirme que quelqu’un s’est ennuyé en mon absence.

CHERS MARCHEURS… Prenez bien soin de vous!! Ne vous isolez pas… Prenez l’air… allez marcher… Allez vers ceux qui vous sont chers… vos parents et amis!! Allez parler avec eux, partagez votre expérience en personne… et non sur internet! Et soyez aux aguets; la léthargie guette souvent les gens qui vivent des expériences intenses, de grands projets! Ce genre d’expédition change la vie! Avec la persévérance et la détermination, on peut venir à bout de toutes contraintes, de tous obstacles!

NAKURMIK KUUJJUAQ

P.-S. Sincères remerciements à Véronique Gilbert et Yoan Girard pour le chaleureux accueil qu’ils m’ont réservé chez eux!!

Jour 28 : NAKURMIK KUUJJUAQ

11086259_10153280213939880_370990642_oJ’ai oublié de mentionné qu’hier, nous avons eu droit à un « candy drop », un avion qui passe en rase-motte en laissant tomber des bonbons sur le sol. Kuujjuaq est le seul endroit au Canada où l’on peut encore faire ceci et le seul pilote qui a le droit de le faire, Johnny May, prend sa retraite cette année. La fin d’une tradition, hélas.

J’aurais cru que le confort que Véronique et Yoan m’offrait hier soir me ferait tomber dans un profond sommeil. Et bien, voulez-vous savoir quelque chose? J’ai très mal dormi!! Non… le confort était infaillible….C’est que, j’étais sans cesse réveillé pour allumer le feu du poêle de ma tente!!! Je cherchais le bois!!! Un geste qui s’est incrusté et enraciné dans mon inconscient, un geste devenu répétitif et automatique. Il va surement me falloir plusieurs jours pour m’en débarrasser.

Au matin, le déjeuner est formidable; je déjeune de fruits : pommes, oranges que la privation de 25 jours a rendus mille fois plus savoureux!! Oh!! Je dois vous dire qu’aussi, hier, j’ai mangé mon sac de chips!!! Une autre belle récompense!! J’avais tellement hâte!

Autour de 8h30, je rencontre Simon Vaillancourt; j’avais déjà mentionné que, lors de mon voyage à Compostelle, des personnes allaient déposer des cailloux de leurs pays à Compostelle. Je vais donc expliquer ce concept à Simon qui met le tout sur pellicule et qui sera dans le documentaire. Je ramasse donc des cailloux de Kuujjuaq pour cette cause.

Je me rends ensuite à l’école; Michael m’accompagne. Je donne 11081599_10153280213984880_2106900439_nquatre conférences dans la bibliothèque aux différents groupes de l’école. Je parle de mon projet et des éléments qui les concernent tous : la persévérance, la réussite, le but des rêves et de les poursuivre sans relâche pour arriver fiers à nos fins !! Et, comme je l’avais fait pour les marcheurs durant un cercle de partage, je leur parle de mon bâton aux mille rêves. Je leur raconte son histoire, qui me l’a offert et comment ce bâton devient le gardien des rêves de tous ceux qui les lui confient. Les jeunes n’hésitent pas à confier leurs rêves au bâton, avec toute la cérémonie, le respect et le sérieux que le geste exige. Chaque11080142_10153278208744880_1730660658_n (1) groupe fait de même. À la toute fin, Daniella vient me voir et me dit qu’elle veut elle aussi devenir médecin ; elle veut des conseils…Un grand bonheur pour moi! Et je leur dis de m’envoyer une lettre et de me faire savoir lorsqu’ils auront atteint leurs rêves.

Nous allons dîner au Kuujjuaq in où un groupe nous attend. Nous discutons du programme de l’après-midi. Mathieu Gravel, Mathieu-Robert Sauvé et Simon Vaillancourt nous quittent par le vol de cette après-midi.

Pour ma part, je vais assister à l’assemblée annuelle de Makivik, une société qui a pour mandat le développement politique, culturel et économique dans la région du Nunavik. M. Roméo Saganash était présent pour une allocution; juste après, je suis invité à m’adresser à l’assemblée en disant : « Dis-nous qui tu es, d’où tu viens et pourquoi tu fais la marche. » Et je m’exécute…Je réponds à cette question et je  partage l’expérience Innu Meshkenu et ses objectifs, l’importance d’avoir des rêves, mon discours avec les jeunes. Je présente Michael qui a la chance de dire quelques mots sur ce qu’il a vécu. La réunion est radiodiffusée dans tous les villages du Nunavik. Je suis content de l’opportunité que j’ai de montrer ma fierté pour ce jeune ainsi que tous les autres participants. Je reçois en cadeau des gants en peau de phoque! En témoignage de leur contribution, j’offre le drapeau Innu Meshkenu à la Société Makivik, un partenaire majeure de la marche, pour nous avoir supportés durant cette expédition périlleuse.

11022574_10152663156951356_7243866235264948167_n

Je retourne ensuite à Kuujjuaq; je dois faire une entrevue avec Johanne Despins pour Radio-Canada. Elle sera diffusée dimanche matin à 7h30. Nous nous rendons souper au Kuujjuaq Inn avec les marcheurs naskapis et innus et je leur dit qu’il est important d’observer les conseils suivants :

Conseils médicaux pour les marcheurs :

  1. Il est possible que vous éprouviez des problèmes à retourner au quotidien.  Un sentiment de léthargie et de déprime est commun après un effort et un grand projet comme celui vécu est normal. Je vous conseille donc de continuer à aller marcher et de prendre l’air une heure par jour, question de vous réapproprier le quotidien. Aller vous imbiber du grand air et de la nature durant le weekend. Les services de santé mentale de vos régions sont aptes à faire  un suivi des marcheurs pour s’assurer que tout va bien.
  2. Après une marche telle que nous avons fait, votre appétit sera grand, voir énorme. Il est conseillé de manger de petites quantités et de ne pas écouter votre faim. Il faut vous réhabituer à manger les quantités mangés avant le début de la marche, soit entre 1,500 et 2000 calories.

Ceux qui vous entourent se doivent d’être aux aguets et vous avertir s’ils se rendent compte que vos humeurs sont anormales.

Je prends l’avion demain à midi… J’ai hâte d’avoir les câlins et bizous d’un petit garçon de 9 ans ainsi que ceux de la belle Geneviève.

Nakurmik Kuujjuaq!!

JOUR 27: ULLAAKKUT KUUJJUAQ!!

11088962_10153278212014880_1672072515_n (1)

Le soir avant l’arrivée à Kuujjuaq, nous avions l’esprit à la fête. Un groupe de Kuujjuaq, Mathieu (notre nouveau coordonnateur), Louisa, Emma, Véronique Gilbert et les autres organisateurs des festivités de Kuujjuaq sont venus à notre rencontre; ils avaient de la pizza pour tous! Les jeunes ont fait un gros feu de joie, ont lancé des feux d’artifices en s’assurant bien que tout Kuujjuaq les verrait. Toute cette excitation rendra certainement le sommeil difficile.

Au matin, le réveil se fait comme la veille, « ULLAAKKUT KUUJJUAQ!! » Je m’attendais bien à une attente similaire à tous les autres jours de marche, mais étonnamment, tout le monde était prêt dans un temps record! … Normand, notre logisticien inuit, demande à marcher avec nous jusqu’à l’arrivée; il reviendra chercher sa motoneige plus tard. Nous prenons place dans la file de marche selon le protocole : Les Inuits arriveront en tête de file, les autres suivent derrière.

Nous croisons sur le chemin plusieurs personnes venues nous encourager. Sarah May Tagoona est elle aussi présente et m’offre un cadeau. Nous marchons sur la rivière avec un vent de face… Mère Nature ne manque pas une occasion de nous montrer qu’elle est reine ici! Et peut importe! Les gens sont excités et marchent allègrement d’un bon pas; ce qui a un impact certain sur le temps de marche! Nous arrivons 45 minutes en avance!! On nous arrête un kilomètre de Kuujjuaq; question d’avertir tout le village que nous arrivons!! Il est très difficile de retenir tout ce monde; ils ont si hâte 11075318_10153275346544880_477373301_nd’arriver!! L’excitation est à son comble!! Habituellement, nous arrivons toujours avec un peu de retard, mais cette fois-ci, les difficultés vécues tout au long du trajet nous ont rendus impatients d’arriver. En bonnes organisatrices, Véronique Gilbert et Louisa Yeates réussissent quand même à mener l’accueil à bien. On nous rejoint sur la rivière…. Un jeune d’environ 7 ans insiste pour tirer mon traîneau et je le laisse faire…Plus tôt, Simon Vaillancourt est venu me voir et en filmant m’a demandé : « Pourquoi utilises-tu un traîneau aussi difficile à tirer? Il est lourd, difficile à tirer et accroche pour rien? » Je réponds que c’est pour faire honneur à mon grand-père, ma grand-mère et mes ancêtres……Je charge mon traîneau en pensant à ma réponse….. Et je me mets à sangloter sans réserve, comme un enfant! Toute la misère qu’ils ont dû subir pour survivre!! J’honore ainsi leur mémoire!

Donc, nous arrivons au fil d’arrivée face à l’hôtel de ville où se trouve la banderole que l’on franchit à la file, les Inuits les premiers et les autres ensuite… ET ON ME SOULÈVE DANS LES AIRS…EN VAINQUEUR, LE DRAPEAU HAUT DANS LES AIRS!! QUELLE FIERTÉ!! QUEL BONHEUR POUR TOUS!!! Le maire, M. Tunu Natartuk, nous accueille comme le font une trentaine de membres des familles des marcheurs venus nous rejoindre. On nous invite à l’intérieur pour un bon dîner; du chowder, des hot dogs, lait au chocolat… On mange à L’INTÉRIEUR! On parle et on partage… nous sommes environ 300!

Je donne des entrevues : pour CBC North, pour le journal régional Nunatsiaq Online (http://www.nunatsiaqonline.ca/stories/article/65674innu_meshkenu_walkers_arrive_in_kuujjuaq/). Plus tard, nous allons nous reposer. Je suis accueilli chez Véronique Gilbert et Yoan Girard, un gars du Saguenay plus précisément de Valin! Nul ne doute!!! Le drapeau du Saguenay-Lac-Saint-Jean  est fièrement exposé dans l’appartement! J’ai donc l’opportunité de faire ma toilette et de me reposer un peu.

Mathieu Gravel, coordonnateur et Marc-André Galbrand, chef logisticien

Mathieu Gravel, coordonnateur et Marc-André Galbrand, chef logisticien.

Vers 14 heures, une surprise m’attend… On m’amène à l’aéroport. À ma grande surprise, ma sœur Nadia arrive par First Air!! Nous nous embrassons très fort! Elle est venue spécialement pour me dire qu’elle est fière de moi, que nos parents et ancêtres seraient certainement honorés par notre accomplissement! Quelle bonheur et quelle surprise qui touche au cœur! Tellement d’émotions!

…Une autre belle surprise… Je ne sais par quel moyen, mais on me donne mon sac Speedo… Mais qu’est-ce que ce sac fait ici?? C’est Geneviève, ma douce, qui m’envoie tout ce qu’il faut pour me changer et faire une toilette : des vêtements propres, une trousse avec parfum et tout…et une magnifique lettre contenant deux billets pour voir U2 cet été! Encore une intention d’une délicatesse inouïe! J’ai une blonde en or!!

Il y a tellement d’activités!! Tout ce déroule à la vitesse de l’éclair. On me met au courant du programme du lendemain et nous quittons pour la salle communautaire pour un grand souper d’honneur durant lequel nous remettons un certificat à tous les marcheurs. Le maire, les chefs des différentes communautés présents font des 11082993_10153278212024880_1068281640_nallocutions. Une allocution remarquée : Elijah s’est exprimé devant tous, à la grande surprise de tous! On remarque un changement certain chez le jeune homme…. Il a une assurance qu’il n’avait pas avant le départ, au grand bonheur de tous!

Je reçois tellement de cadeaux!!! J’ai été si gâté!! Edgar m’offre des bas de laine, tricotés par sa grand-mère, sur lesquels on peut lire « Innu Meshkenu, Stanley». J’ai aussi reçu un livre avec de superbes photos de Kuujjuaq, un magnifique parka, de beaux mocassins naskapis….. Je donne à mon tour un discours; je remercie tous  pour leur grande générosité. Je mentionne l’importance d’avoir fini ensemble malgré les grandes difficultés vécues. Je suis fier de tous et chacun! Le périple fut difficile; on ne s’en souviendra que plus longtemps.

Autour de 22 heures, je retourne à l’appartement avec Véronique et Yoan. Je m’installe pour la nuit, épuisé mais satisfait et content de notre grande réussite.