Jour 13: Cacophonie nocturne et grandes réflexions

10592700_10204624454989685_4546512988880452796_nJe dormais depuis 21h30; vers minuit, j’ai dû me lever…. appel de la nature. Je sortie donc faire ce que j’avais à faire et me remis au lit. J’étais presqu’endormi lorsqu’un hélicoptère en base altitude passât au-dessus de nos tentes en faisant un bruit effroyable!! Nul besoin de vous dire dans quel l’état de frayeur et de malaise je me suis réveillé! …. Je me réinstalle donc…. mais les outardes tout près dans le champ avaient été elles aussi dérangées et …étaient très dérangeantes à leur tour! Après quelques minutes de brouhaha, tout ce tranquillise pour un court temps; trois ou quatre hiboux hululent à qui mieux mieux!! Décidément, la nuit sera courte!

Nous nous levons vers 7h sur la musique de Florent Vollant. Déjeuner…. ramasser….. Et cercle de partage bon et court et nous sommes prêts pour la marche d’aujourd’hui, un 25 km. Tous prennent la route. Je pars un peu plus tard; j’ai des choses à régler. Je pars une heure plus tard. Je fais dans un Ultramar en réparation et parle avec le propriétaire, un chinois qui est très intéressé par mon récit. Je lui mentionne que j’irai chez les inuits plus tard dans l’année. Il me demande si les inuits sont proches des asiatiques? Je lui dis que oui, que les inuits sont une migration tardive; les inuits ont traversé ici par le détroit de Béring il y a 2000 ans. Nous discutons de l’histoire des Premières Nations. Avant de repartir, il m’offre 3 bouteilles de thé glacé en me souhaitant bonne chance.

Je marche seul…. le temps est superbe…..et je réfléchis… Je pense au phénomène des femmes autochtones disparues ou assassinées. Ce n’est en fait que la pointe de l’iceberg; oui, on devrait faire une commission qui cherchera à la base du phénomène pour découvrir l’importance de valoriser l’éducation, la sécurisation et l’identité culturelle de nos communautés dans le but d’équiper nos jeunes et leur donner le goût de rester le plus longtemps possible parmi les leurs. La misère et la violence poussent ces jeunes filles à chercher le bonheur ailleurs, pour différentes raisons…manque de travail, pas d’éducation, violence dans la famille et la communauté. Il faut réinvestir dans nos enfants en leur donnant un but et un rêve à poursuivre en se basant sur une identité culturelle et une éducation forte. Seulement ainsi pourrons-nous régler ce problème.

Je m’ennuie de ma famille… Mes sœurs Nadia et Myriam…..mes cousins, cousines, mes oncles et mes tantes… La famille Bacon, Picard et Canapé…ma cousine Line que je verrai surement ce weekend à Ottawa, Marie-Ève et Bill ses enfants et son mari, mon ami d’enfance Jocelyn Paul, dont je suis très fier; il est un des premiers brigadier-général autochtone dans l’armée canadienne. J’ai trop hâte de voir mes enfants aussi! Je vous dédie tous ma journée!

J’arrive à Shawville, la ville où pratique Ruth Vanderstelt, une collègue et présidente de l’Association des médecins du Québec. Je rencontre l’équipe de tournage qui est en train de manger. Ils me rattraperont plus tard pour une série d’images intemporelles à insérer dans le reportage et une entrevue… qui se révèlera très émotionnelle.

… je continue ma marche quand, tout à coup, un chien féroce part à mes trousses! N’eut été de mon bâton de pèlerin, je me serais surement fait mordre! En arrivant au camp, j’apprends que Rachelle a été mordue; Je devrai la soigner!

Et je rejoins les autres marcheurs à temps pour souper. Au menu, fajitas!

Jour 12: les messages du passé

… Petit matin…. Lever musical….. Nous avons mieux dormi et je crois que le repos devrait avoir un effet positif sur la pagaie! Le déjeuner n’est pas moins original; j’ai mangé un spagoeuf! Une recette aussi audacieuse que les restes de la glacière! Nous déjeunons sur la terrasse extérieure du Esprit White Water Club. Nous formons notre cercle de partage autour d’un feu et  révisons la logistique quotidienne.

Et nous partons en rabaska; nous empruntons la rivière du coté québécois en raison des rapides tumultueux du coté ontarien. Un 37  kilomètres à faire aujourd’hui. Le temps est nuageux, il vente …mais il ne pleut pas! Mère Nature est de notre bord!

Le paysage explose de couleurs! Nous faisons un premier arrêt sur une ile; des traces de chevreuil et de raton laveur marquent le sable…qui semblent marcher cote à cote! C’est particulier! Après une petite collation, nous reprenons notre chemin.

Cette partie de la rivière est parsemée de ces iles….. Dont une me fait étrangement penser à l’ile de mon enfance à Pessamit où était situé notre campement …. Uap Menesshtuk (l’ile blanchâtre, ile du lièvre). On habitait sur le bout de la pointe… il y avait moins de mouches à cause du vent qui était toujours présent…. et à l’autre bout de l’ile se trouvait la famille Louis Rock et on retrouvait aussi un arbre penché auquel on avait attaché une corde de tarzan!….. Les souvenirs….. ! On m’avait dit à Compostèle : « Le chemin te donnera les réponses »…comme un appel…. Retourner aux origines, chez moi à Pessamit! L’été prochain, j’y retournerai avec Sophie, Chloé et Xavier…leur montrer comment monter une tente prospector, installer le sapinage, installer le petit poêle…. faire un feu, entendre le bruissement du vent dans les arbres, le ruissellement de la rivière et leur raconter mes histoires, mes souvenirs…Et un jour, à leur tour, ils pourront faire de même et ainsi passer notre histoire à la prochaine génération, des souvenirs interpellant  le visuel, l’olfactif, le sensoriel, l’auditif……. Des souvenirs multimédias!

Nous continuons à pagayer…. notre forme est meilleure qu’hier. Nos muscles sont plus forts, plus entrainés. Nous avons un bon rythme et prenons le temps de nous arrêter souvent. Nous réussissons à couvrir les 37 km de la journée avec un vent de face!

Nous arrivons à Bryson où Marc-André nous attend avec une bonne soupe. Nous partageons un dernier repas avec Jane Pelletier qui doit nous quitter. Merci Jane, tu vas nous manquer! Le campement monté, nous soupons de hamburgers sur le Galbrand grill! …. Je me rends dans un dépanneur pour acheter quelques trucs… et des feux d’artifice!  Je montre mes talents d’artificier pour faire plaisir aux marcheurs…au désarroi des chasseurs! Et nous faisons un cercle autour du feu et écoutons la musique de Marc-André sur ukulele.

Je dédie ma journée à mes frères naskapis que je verrai l’hiver prochain, plus précisément en mars. Nous entreprendrons la marche Shefferville vers Kuujjuaq sur le sentier marché pour la dernière fois il y a 60 ans.

N’OUBLIEZ PAS:

Samedi le 4, nous marchons vers Ottawa. Les gens qui veulent venir se joindre à nous, n’hésitez pas à le faire et rendez-vous au Musée de la guerre d’Ottawa à 11h pour une marche de 6km! Il nous ferait plaisir de vous rencontrer! De plus, il y a de la place pour environ 10 pagayeurs dans nos bateaux le dimanche 5, entre Victoria Island et Rockland; vous devez vous présenter à l’île Victoria à 8 AM. Prenez note qu’il vous faudra prévoir votre retour à la maison par la suite. La bonne forme et l’endurance sont des exigences, il va sans dire!

Jour 11: Le retour de la pagaie

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Pour des raisons nébuleuses, j’ai mal dormi… et je ne suis pas le seul. Plusieurs d’entre nous on fait des rêves qui n’en finissent plus…. qui recommencent sans arrêt, des rêves « jour de la marmotte »! Comme si une mauvaise énergie s’appropriait notre nuit. Au matin, c’était comme si on avait travaillé toute la nuit. Dès le lever, je me rends « Chez Galbrand » pour déjeuner… J’enfile deux cupcakes, un jus d’orange et un café… L’indulgence pour soi-même va de pair après une si dure nuit.

Les canots sont chargés au son du violon d’Antony. Nous faisons le cercle sur la plage. Sur la rivière devant le campement, il y a un petit rapide. C’est nuageux, mais il ne pleut pas. Nous devons couvrir 31 à 35 km, tout dépendant s’il vente. Si tel est le cas, nous devrons longer les baies, question d’éviter de trop grosses vagues. La journée s’annonce difficile; les pagayeurs sont fatigués; la marche du weekend a épuisé tout le monde. Nous avons tous mal aux jambes et se motiver d’autant plus difficile. Le fait que l’on doit refaire les équipes, que certains canots sont plus profilés que d’autres, rend le pagayage ardu. J’ai dû pagayer au bout de mes forces!

Les paysages sont magnifiques; il y a des « eaux vives » le long de la rivière…. les arbres sont colorés et flamboyants; et tout n’est que beauté. C’est étonnant comme le changement géographique et météorologique est remarquable depuis notre départ de Témiscamingue! Nous passons d’un paysage montagneux et résineux à un paysage plat et feuillu! La vue est différente de jour en jour!IMG_0651

Nous arrivons à destination après 32 km! Nous débarquons à l’Esprit White Waters, un centre de canotage! Un endroit fantastique pour passer du bon temps entre amis, faire du canotage et du kayak! Tout est très bien organisé : terrasse avec BBQ, foyer et bar extérieur, hébergement ou camping…il y a même un hôtel de jeunesse! L’endroit appartient à M. Coffey, qui détient un record mondial de saut d’une chute en kayak.   Je me promets bien de revenir ici bientôt.

Nous préparons notre campement pour la nuit. D’ailleurs, nous sommes devenus experts en la matière! Le tout est prêt pour la nuit en 10 minutes! Grand bonheur : il y a des douches et des machines à laver le linge!! Nous dormirons tout propre ce soir!

Soupe aux légumes et spaghettis végé sont au menu! Nous cuisinons et mangeons dehors.  Après le repas, Jean-Charles nous donne un aperçu des prochains jours.

Vendredi le 3 octobre nous pagayerons de Quyon à Britania Park à Nepean. À cette occasion, il y aurait de la place pour 3 ou 4 personnes désirant venir pagayer avec nous. La bonne forme et l’endurance sont des exigences, il va sans dire! Il y a aussi de la place pour environ 10 pagayeurs le DIMANCHE 5 de Victoria Island à Rockland. Prenez note qu’il vous faudra prévoir votre retour à la maison par la suite.

Samedi le 4, nous marchons vers Ottawa. Les gens qui veulent venir se joindre à nous, n’hésitez pas à le faire! Il nous ferait plaisir de vous rencontrer!

Notre journée est offerte à mes frères et sœurs malécites. Je pense à vous.

Jour 10: Cérémonies et grand départ

Jour 10: Cérémonies et grand départ

Couché vers 22h30, je m’étais très vite endormi, mais à 1 heure du matin, j’ai été réveillé par un sifflement strident. Je croyais que ce bruit agaçant venait d’un des mes confrères, que c’était un ronflement particulier. C’était le bruit d’un cricket qui était dans la tente! J’ai fini par me rendormir malgré l’intrus toujours dans la tente.

Johnny Cash était notre réveille-matin! La journée s’annonce encore belle et chaude. Après les tâches habituelles et le déjeuner, nous recevons des gens de Pikwakanagan venus marcher avec nous. Nous faisons le cercle de partage avec les nouveaux arrivants.

Je marche aujourd’hui avec le Chef Whiteduck et un de ses conseillers; nous parlons d’enjeux territoriaux, linguistiques et culturels. Je mentionne que j’étais venu à Pikwakanagan lors de mon passage à l’hôpital d’Ottawa; je mentionne aussi le travail que j’avais effectué avec Maureen Kaufeld et Peggy Dick pour instaurer une entente entre l’hôpital universitaire et la communauté de Pikwakanagan.  Il m’annonce que l’une de leur citoyenne, que j’avais rencontrée lors d’une de mes visites, est maintenant médecin à Sudbury. Cette nouvelle me fait un énorme plaisir… je récolte un rêve!

L’équipe de CBC me demande de faire une petite mise en situation pour le documentaire. On a trouvé un endroit qui ressemble à l’Espagne et je dois faire comme si j’étais sur le chemin de Compostèle.

Je rejoins quelques marcheurs au Café Kukumiss et nous reprenons la route vers de l’Iles aux allumettes où est monté notre campement. Les moustiques sont omniprésents et très voraces! Nous nous rendons ensuite au centre communautaire; j’y rencontre l’ainé, Skip Ross et son porteur de pipe. Nous assistons à une cérémonie de smudging (purification à la sauge), du sac à parole et de la plume d’aigle animé par M. Ross. Nous faisons tous une prière qui sera diriger vers le grand esprit par la pincée de tabac jeté au feu; la fumée transportera notre prière vers le très haut aidé de la plume d’aigle.

Sébastien nous annonce qu’il nous quitte ce soir. Le travail l’appelle et la vie doit reprendre son cours. Il repartira avec Adèle et Stéphanie qui sont venues pour assister à la cérémonie et nous apporter des cupcakes.

Je dois mentionner que nous avons souligné l’anniversaire de Cody; nous partageons gâteau et  cupcakes avec lui pour l’occasion avant de tous prendre le chemin de nos tentes.

Cette journée est pour les micmacs; nous serons de retour chez vous dans 2 ans.

Sébastien tu seras dans nos souvenirs à chaque coup de pagaie!

Jour 9 : Le champ de rêve (ou « on arrive au lac, PU D’LAC! »)

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Ce matin, nous sommes réveillés par « Les canons de Pachelbel ». Le lever du soleil est radieux; la journée s’annonce magnifique! Mon déjeuner devra être léger; depuis quelques jours, j’ai des maux de ventre probablement en lien avec mon opération. Je dois faire attention à ma nourriture…donc : Raisin Brand, fruits et yogourt s’avère un choix judicieux dans mon cas. J’ai envie d’un bon café de chez Tim…. J’en ai marre du café instantané!

Nous ramassons notre matériel et faisons notre cercle de partage durant lequel nous souhaitons la bienvenue à Denis, le conjoint de Chantale, qui se joint à nous pour les prochains jours. Et nous partons pour notre périple de 26.5 km de marche vers Lac Doré. Nous longeons la plage et allons vers le centre-ville…. passons devant le Tim Horton (où j’aurais bien fait un arrêt!). La chaleur nous gagne; le soleil brille fort et nous commençons à enlever le surplus de vêtements nécessaires dans la fraicheur du matin. On nous recommande de boire au moins 1.5 litre d’eau et de s’arrêter de temps à autre dans des endroits ombragés. J’arrête m’acheter de la lotion solaire. Le long de la route, des gens nous questionnent pour savoir le pourquoi de notre périple. Nous leur répondons que nous marchons non seulement pour la jeunesse autochtone mais aussi pour la jeunesse de la population en général; notre message en est un d’espoir et de persévérance.

Je marche avec Brigitte et Chantale. Nous nous arrêtons au quinzième kilomètre pour manger un peu. Je me contente d’un « mélange des randonneurs », un mélange de fruits séchés et de noix. Il fait très chaud… Ayant déjà souffert d’un coup de chaleur, je suis plus fragile aux récidives. Je dois donc prendre des dispositions pour éviter de surchauffer. Sébastien me donne un « ice bucket challenge », ce qui me rafraichit d’un coup et me permet de marcher au frais durant quelques kilomètres. Jean-Charles s’assure que nos gourdes d’eau sont toujours pleines et que personne ne manque de rien.

Je marche en discutant de course avec Maureen… et sommes soudainement dépassés par Cody qui passe à la course comme une flèche! C’est un sportif, notre Cody! Un jeune homme 24 ans qui surprend par sa belle maturité… un bel exemple de jeunesse!

La marche est  difficile; il faut dire que cette expédition s’est déroulée en grande partie en rabaska sur la rivière. Donc, nous sommes beaucoup moins préparés à la marche cette fois-ci. Il n’est donc pas surprenant de constater les blessures aux pieds, les ampoules que nous avons. De plus, nous marchons 2 km de plus que prévu à l’horaire; nous nous sommes trompés de chemin! Nous avons hâte d’arriver au lac pour nous baigner…Il fait si chaud!

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Nous arrivons enfin sur le terrain de baseball face au Lac Doré où nous installerons le campement pour la nuit. Jean-Charles et Marc-André nous attendent avec des popcicles! Superbe idée!!….. Le Lac Doré…..? « On arrive au lac…PU D’LAC ! » Les pluies diluviales des derniers jours, les semences et les résidus de toutes sortes flottent et rendent non-conforme à la baignade…. Quelle déception!  Les voisins du terrain de baseball nous laissent utiliser leur boyau d’arrosage pour nous rafraichir. On s’arrose les uns les autres, j’en profite pour me savonner comme plusieurs le font! Pendant que je donne une entrevue pour un journal local, Le chef Galbrand est à ses chaudrons; nous souperons de hot dog européens, de trempette de légumes et de natchos et salsa.

Le terrain de baseball, parsemé de tentes, donne l’allure d’un champ de rêves! Une vision irréelle! Ma tente est installée derrière le troisième but. Ce soir, Simon de l’équipe de Radio-Canada nous offre une soirée cinéma; nous aurons la chance de visionner quelques documentaires qu’il a produits. Aussi, plusieurs d’entre nous doivent soigner leurs pieds; les ampoules sont nombreuses dues au manque d’entrainement et d’habitude. C’est douloureux! Mais la douleur acceptée est plus facile à oublier…et c’est certainement cette idéologie qu’adoptaient nos ancêtres; ils n’auraient pu survivre autrement!

Un des plus magnifiques couchers de soleil que j’ai jamais vu béni notre journée!….Et je dédie cette journée à mes frères Cris avec qui nous seront à l’hiver 2016.

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